Georges Bernanos, écrivain catholique

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Né en 1888 à Paris, Georges Bernanos passe sa jeunesse dans le Pas de Calais. Son père, tapissier – fournisseur de l’ambassade de Turquie, est profondément monarchiste et admirateur de Drumont. Bernanos connaît une enfance aisée et étudie chez les jésuites puis au petit séminaire. Il connaît des problèmes de santé, et ses résultats scolaires ne sont pas brillants. Il découvre Charles Maurras à 17 ans, et adhère quelques temps plus tard aux Camelots du Roi.

Journaliste, polémiste, il est, avant la guerre, rédacteur en chef d’un journal proche de l’action française. Réformé, il se porte néanmoins volontaire et participe à la 1ère Guerre Mondiale en caporal. Lorsqu’il participe à la 1ère Guerre Mondiale, il fait face à un dilemme : il n’est pas Républicain et craint qu’une victoire de la France renforce une république qu’il n’aime pas mais dans le même temps, il ne supporte pas l’idée de voir son pays attaqué par une puissance étrangère. Il choisit la seconde option. La guerre est pour lui une période compliquée, horrifié par ce qu’il voit, comme par les mensonges que l’on raconte à l’arrière.

« Ce siècle est trompeur, bon vieillard, et la vieille
bonne gloire a menti. Je ne sais ce que je défends ni ce
pour quoi je puis mourir. […] J’ai
décidé que mon épitaphe porterait seulement ces deux
lignes Ci-gît l’homme qui se battit et mourut pour sa
satisfaction personnelle et pour faire enrager ceux qui ne
se battent ni ne meurent »

Bernanos à un ami, Septembre 1915

Il est effaré qu’après quatre ans de conflits, et une « paix pleine de guerre », les choses recommencent comme avant, les gens « du derrière » (de l’arrière, qui n’ont pas combattu) ne pensant qu’à protéger leur fortune. Seul le Paris des riches connaît alors les années folles.

« Paris était à ce moment-là une sorte de foire universelle où la canaille internationale des Palaces et des Wagons-lits venait cuver son or à Montmartre, comme un ivrogne cuve son vin. La température ambiante était, même sous la pluie de Février, celle d’un salon de bordel […] Qui n’a pas vécu en ce temps-là ne sait pas ce que c’est que le dégoût. Rien qu’en humant l’air des boulevards, vous auriez pu sentir l’odeur des charniers qui ne devaient pourtant s’ouvrir que dix-neuf ans plus tard. […] Un gouffre s’était creusé peu à peu, au cours de ces quatre années, entre l’Arrière et l’Avant, un gouffre que le temps ne devait pas combler, ou ne devait combler qu’en apparence ».

Bernanos, La France contre les Robots

Il se marie en 1917. Sans-emploi après la guerre, il est finalement employé par son beau-père et travaille dans une compagnie d’assurance.  En 1926, il publie Sous le Soleil de Satan. Ce roman bénéficie d’un soutien du journal l’Action Française qui titre « Révélation d’un grand écrivain », qui le compare immédiatement à Balzac ou Barbey d’Aurevilly. Après la parution du livre, il décide de quitter son emploi et d’écrire, vivant très modestement. Il s’engage du côté de l’Action Française, après la condamnation de celle-ci par le Pape.

En 1931, il publie la Grande Peur des bien-pensants, un hommage à Drumont, l’auteur de la France Juive : le nom de Bernanos restera alors associé à l’antisémitisme, bien que celui-ci soit assez marginal dans ses écrits. En 1932, il connaît des problèmes d’argent et accepte d’écrire pour Le Figaro, détenu alors par François Coty. Ce transfert provoque une rupture avec ses anciens amis: « Bernanos est gluant et sinistre […] Bernanos, pourriture de la pensée et du cœur. » écrivent-ils alors.

Habitant Palma de Majorque, persuadé que la vie y est moins chère, il écrit Un Crime, le Journal d’un curé de campagne et Monsieur Ouine, qu’il mettra dix ans à terminer. De loin, il suit les événements du 6 février 1934, qu’il ne soutient pas. Il écrit alors Une Nouvelle Histoire de Mouchette, l’histoire triste de Mouchette, personnage qui apparaissait déjà dans Sous le Soleil de Satan.

De Palma, il assiste à la guerre d’Espagne : franquiste au départ – son fils fait partie de la première Phalange, il devient rapidement antifranquiste face aux massacres perpétrés par les phalangistes de la dernière heure.

« C’est alors qu’apparut le général compte Rossi. Le nouveau venu n’était naturellement, ni général, ni comte, ni Rossi, mais un fonctionnaire italien, appartenant aux chemises noires. […] Quelques jours plus tard, […] le comte Rossi prenait le commandement effectif de la Phalange. Vêtu d’une combinaison noire, ornée sur la poitrine d’une énorme croix blanche, il parcourut les villages, pilotant lui-même sa voiture de course, que s’efforçaient de rejoindre, dans un nuage de poussière, d’autres voitures remplies d’hommes, armés jusqu’aux dents. […] Cette brute géante qui affirmait un jour, à la table d’une grande dame palmesane, en essuyant ses doigts à la nappe, qu’il lui fallait au moins « une femme par jour ». La mission particulière qui lui avait été confiée s’accordait parfaitement à son génie [ndlr: ironie]. C’était l’organisation de la terreur. »

Bernanos, Les Grands Cimetières sous la Lune

Dans le même temps, il attaque vigoureusement les évêques espagnols pour la caution qu’ils apportent au conflit, qui « agissent comme Machiavel » plutôt que comme Jésus. Il écrit alors Les Grands Cimetières sous la Lune, où il dénonce le poison du totalitarisme et la corruption des idéaux catholiques.

Une fille de trente-cinq ans, appartenant à l’espèce inoffensive qu’on appelle là-bas beata, vivant paisiblement dans sa famille après un noviciat interrompu, consacrant aux pauvres le temps qu’elle ne passe pas à l’église, témoigne brusquement d’une terreur nerveuse incompréhensible, parle de représailles possibles, refuse de sortir seule. […] Sa charitable hôtesse l’interroge affectueusement. « Voyons, mon enfant, que pouvez-vous craindre ? Vous êtes une véritable petite brebis du bon Dieu, qui serait assez bête pour vouloir la mort d’une personne aussi parfaitement inoffensive que vous ? – Inoffensive ? Votre Grâce ne sait pas. Votre Grâce me croit incapable de rendre service à la Religion. Tout le monde pense comme Votre Grâce, on ne se méfie pas de moi. Eh bien. Votre Grâce peut s’informer. J’ai fait fusiller huit hommes, madame… » Oui, certes, il m’a été donné de voir des choses curieuses, étranges.

Bernanos, Les Grands Cimetières sous la Lune

Il rompt alors définitivement avec l’Action Française, dénonce la volonté de celle-ci soumettre les intérêts français à ceux de l’Allemagne nazie et de l’Italie fasciste. Il ne comprend plus ces gens qui souhaitent la défaite de leur pays, « se servir de l’ennemi contre la nation ».

Au début de la 2ème Guerre Mondiale, il écrit « jeter, comme M.Hitler, le peuple allemand aux charniers au nom d’une prétendue supériorité raciale, est une sanglante folie ». Bernanos soutient alors immédiatement l’appel du Général De Gaulle; il reste inquiet sur l’avenir de son pays après la guerre. Ses inquiétudes de voir les principaux auteurs et collaborateurs échapper à la justice seront, selon lui, avérées. « Je ne prends pas une chemise retournée pour une chemise propre » dit-il en voyant d’anciens collaborationnistes s’affichant comme gaullistes.

A son enterrement, il n’y avait presque personne, seul André Malraux et une petite délégation du gouvernement espagnol en exil étaient présents.

La figure de Bernanos est un peu tombée dans l’oubli depuis quelques décennies. Souvent comparé à Dostoïevski, l’œuvre de Bernanos est marqué par le questionnement intérieur, dans la profondeur de l’âme, dans les conflits inhérents à la personne humaine. La modernité, pour Bernanos, efface le problème du mal qui marque un aspect essentiel de sa réflexion, du pessimisme chrétien. Le Journal d’un curé de campagne est ainsi une profonde réflexion sur la réconciliation avec soi-même, comme avec un parallèle avec la passion du Christ.

Au-delà de cette seule réflexion, il est préoccupé par les questions liées à l’économie et au marché. Il a en horreur les marchands de canons et leurs produits. Il combat les structures capitalistes, mais au-delà, il promeut l’idée de justice sociale, le refus de l’écrasement des innocents.

« Le danger n’est pas dans la multiplication des machines, mais dans le nombre sans cesse croissant d’hommes habitués, dès leur enfance, à ne désirer que ce que les machines peuvent donner. »

Bernanos, la France contre les Robots

Vocation précoce d’écrivain, même s’il s’en défendait, il est reconnu avec son premier roman publié, Sous le Soleil de Satan. Au-delà des romans même, il est davantage un témoin de son époque, qui utilise le roman pour exprimer son indignation.

Par trois fois, il refusera la légion d’honneur, et une entrée à l’académie française. De Gaulle lui-même « n’arrivera pas à l’accrocher à son char ».

A propos de l'auteur

Clément Delaunay
Par Clément Delaunay

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