L’incohérence du Front National vu par le Jobbik Hongrois

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Après les élections européennes, on a pu lire dans la presse française la possibilité, pour le Front National de s’allier avec le Jobbik Hongrois. Cette possibilité n’avait pas été démentie immédiatement par Marine Le Pen mais plusieurs jours plus tard – ce qui laissait planer un doute. Ce parti, ultra-nationaliste et conservateur aux tons antisémites et anti-roms, est l’un des plus extrêmes en Europe. Mais jamais, en Hongrie, la possibilité d’une alliance avec le parti français n’a été envisagée. Retour sur les critiques émises par le parti hongrois.

Avant toute chose, il convient de préciser que si le Jobbik a eu, par le passé, des rapports cordiaux avec le Front National – notamment avec ses dirigeants Jean-Marie Le Pen et Bruno Gollnisch, le parti hongrois se veut en total désaccord avec la direction actuelle du parti français. De même, le Front National et le Jobbik ont cohabité au sein de l’Alliance Européenne des Mouvements Nationaux (rassemblement de partis nationalistes) de 2009 à 2013. Ce n’est qu’à la fin de l’année 2013 que Marine Le Pen a demandé à Jean Marie Le Pen et Bruno Gollnisch de se retirer de l’alliance « pour que la cohérence du parcours du FN, de ses choix d’alliance, apparaissent parfaitement claires ».

On le sait, au Front National, deux lignes s’affrontent : celle plus conservatrice, incarnée par Marion Le Pen – et Jean-Marie Le Pen avant elle – et celle gaulliste sociale, par Florian Philippot. Jusqu’à présent, Marine Le Pen a su faire cohabiter les deux avec plus ou moins de difficultés. Le parti hongrois émet quelques doutes quant à sa longévité.

 

Le Front National ? Un parti complètement intégré dans le système

L’accusation est simple et se base sur plusieurs fondements. Le premier d’entre eux est la reconfiguration récente des partis politiques. Auparavant un système bipartite UMP-PS, celui-ci est devenu tripartite avec la montée en puissance du Front National. Toujours selon le Jobbik, le Front National ne vise pas à être une véritable force d’opposition au système mais cherche simplement à prendre la place de ceux actuellement au pouvoir. Alors que Jean-Marie Le Pen ne souhaitait pas le pouvoir, sa fille en a fait une priorité pour ainsi mettre en œuvre son programme. La réponse toute faite du parti français est de dire « Comment faire autrement dans ce système pour changer les choses ? Il faut s’appuyer sur les élus pour changer les choses ». C’est oublier l’histoire récente. Ainsi, si les groupes musulmans sont arrivés au pouvoir après les révolutions arabes, c’est que ceux-ci remplissaient les missions sociales que l’Etat avait délaissées. Apport de nourriture et de vêtements aux plus démunis, santé, éducation, … sont autant de domaines qui ont été pris en charge. Si le Front National voulait devenir le parti anti-système qu’il prétend être, c’est l’une des pistes qu’il pourrait envisager – car il ne remplit pas ces missions.

Florian Philippot, numéro 2 du Front, est un ancien énarque – comme plusieurs nouveaux arrivants. L’élément est curieux pour un parti qui avait, et qui le fait toujours dans une certaine mesure, l’habitude de conspuer les gens qui ont fait Sciences Po et l’ENA.

Un galimatias idéologique

Contrairement au Jobbik, il n’y a pas qu’un profil du votant front national. Si tous sont globalement patriotes, souhaitent faire barrage à la mondialisation autant qu’à l’Union Européenne en rétablissant les frontières et une identité culturelle française, les racines historiques comme politiques divergent. La ligne traditionnelle du Front national suit le triptyque de la France vichyssoise que son fondateur a eu l’occasion de soutenir et pro-algérie française, anti-immigration, favorable aux pays arabes avec parfois quelques relents antisémites.

L’arrivée à la tête du parti de Marine le Pen et de ses partenaires Florian Philippot et Louis Aliot a bouleversé cette ligne. Le Vice-Président en charge de la communication a imposé la figure de De Gaulle au sein du parti. Ce dernier n’a ni les faveurs des pétainistes, ni celles des pro-Algérie française. Mais peu importe semble-t-il, car le rassemblement du peuple français doit faire fi de ces disparités grâce à des valeurs patriotiques. Peu importe également, que l’on mélange entre autres, bourgeois et ouvriers, juifs et antisémites, pro-arabes et pro-israéliens, anciens communistes et ceux qui les ont combattus.

Le parti de Gabor Vona se pose donc la question de savoir sur quelle histoire, quelles idéologies, quels auteurs, ou plus simplement quels fondements se base le Front National. Question à laquelle il n’a pas la réponse.

Marine le Pen, toujours selon le parti hongrois, renie certains fondements chrétiens de la France. Plutôt que de chercher à « re-catholiciser » la France, elle cherche à la laïciser. Concept utilisé ici en bouclier contre la montée supposée ou réelle de l’Islam en France. Sa non-participation à la Manif pour tous, sa « reculade » sur la question de l’avortement, ou même plus simplement son concubinage avec Louis Aliot sont quelques-uns des éléments qui rendent le Jobbik particulièrement méfiant vis-à-vis de la formation française.

Le Front National, « un parti sioniste »

Sa dernière critique est la suivante « Le Jobbik ne forme pas d’alliance avec les partis sionistes, comme le Front National français et le Parti de la liberté [FPÖ] autrichien, pour de simples raisons financières. » Le Jobbik n’est pas islamophobe et son chef apparaît régulièrement habillé d’un chèche. Pour lui, le soutien apporté par Marine le Pen aux juifs, sous-entend un soutien à l’Etat d’Israël – symbole, pour le parti hongrois au moins – et une inféodation aux Etats-Unis. La tactique du parti français de stigmatiser l’immigré musulman aurait, selon les dires d’une autre membre du Jobbik, « le soutien sioniste d’Israël ».

Louis Aliot, dont la grand-mère paternelle est juive, est explicitement visé par cette accusation. La récente déclaration de Marine Le Pen et son soutien à la Ligue de Défense Juive est un élément qui renforce le Jobbik dans cette accusation.

 

Note : l’auteur ne fait ici que rapporter des propos et des positions tenus par le Jobbik.

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Clément Delaunay
Par Clément Delaunay

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