Frédéric Pierucci, le piège américain

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Frédéric Pierucci est un haut cadre de l’entreprise Alstom. En 2013, il est arrêté aux États-Unis pour des faits de corruption en Indonésie. Un procureur lui explique que la justice américaine veut s’en prendre à Patrick Kron, et lui propose d’être une taupe au sein de l’entreprise pour le faire tomber. Il refuse. Et ses ennuis commencent.

Pendant les mois qui suivent, il est incarcéré dans une prison de haute sécurité américaine. Pour limiter les dégâts, il choisit de plaider coupable. De son côté, l’entreprise choisit de le licencier pour « abandon de poste » et arrête de payer ses frais d’avocats. En 2014, General Electric annonce racheter l’entreprise : malgré l’opposition d’Arnaud Montebourg (PS), ministre de l’économie, le gouvernement valide la vente. Alstom est la 5ème entreprise qui subit une enquête américaine à être rachetée par General Electric. La guerre économique illustrée. Frédéric Pierucci est libéré sous caution quelques jours plus tard, notamment grâce à l’aide d’amis qui mettent leur maison dans la balance.

La France réagit tardivement, et adopte la loi Sapin II, qui vise à rapatrier dans l’hexagone les cas de corruption.

Après un retour en France, il retourne aux Etats-Unis pour terminer la procédure. Il est réincarcéré et fait une demande de transfert. Cette demande est refusée… car au même moment, une commission d’enquête sur la vente d’Alstom est mise en place, avec à sa tête Olivier Marleix (LR).

La demande de transfert est finalement acceptée quelques semaines avant la fin de sa peine. Pierucci revient en France, et termine la rédaction d’un manuscrit, dérobé le lendemain de l’envoi à l’éditeur.

Alstom, entreprise stratégique française, voit une partie de ses activités passer sous contrôle américaine. En achetant Alstom, General Electric prend également le contrôle des composants des centrales nucléaires,… ou des catapultes du Charles de Gaulle.

Cette politique vient de loin ; depuis les années 1970, la législation américaine concernant la guerre économique s’étoffe. Cependant, elle devient véritablement utilisée après la fin de la guerre froide, et au début des années 2000, sous couvert de lutte contre le terrorisme comme le révèlera plus tard Edward Snowden. Et les exemples se multiplient, notamment durant l’ère Obama. Dernier exemple en date : Huawei.

Le livre comme les différentes interviewes données amènent un certain nombre de questions : sommes-nous indépendants ? Avons-nous une volonté politique de s’opposer à une vassalisation ? Comment une telle situation a pu arriver ? Qui sont les responsables français ? Comment créer une unité européenne sur le sujet, alors que les points de vue sont divergents ? Comment inverser les rapports de force ? Où est la politique industrielle française ?

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