Frédéric Bastiat, libéral français

Bio express : Né en 1801 à Bayonne, il est rapidement orphelin. Peu motivé par les études, il travaille avec son oncle dans une société d’import-export puis gère une propriété agricole. Dans ces expériences, il fait face à certains problèmes concernant le droit de propriété. Après une publication d’articles dans un journal économique, la rencontre avec Cobden, une nouvelle vie commence pour lui ; en tant qu’écrivain, économiste, fondateur de la société des économistes et homme politique. Élu député des Landes après la révolution de 1848, il siège au centre–gauche et devient vice-président de la commission des finances de l’Assemblée. Il meurt à Rome en 1850 de la tuberculose. Ses œuvres les plus connues sont les Sophismes Économiques, Ce qu’on voit et ce qu’on ne voit pas, et la Loi. Celles-ci ont notamment influencé Margaret Thatcher et Ronald Reagan.

Influencé par Adam Smith, Jean-Baptiste Say, Antoine Desttut de Tracy, Charles Comte, Charles Dunoyer… Frédéric Bastiat est favorable à un État minimum dont la mission est de sécuriser le travail et la propriété, et de protéger la liberté. Il n’y a pour lui, que deux manières de devenir propriétaire : en produisant ou en spoliant. Dans une société, il y a donc ceux qui vivent de la production et ceux qui vivent du pillage de la production[1] (bureaucrates, politiques,..). C’est là une approche libérale de la lutte des classes, à la différence de Marx où le conflit se situe entre le patron et le salarié.

Selon Rousseau, « Le premier qui, ayant enclos un terrain, s’avisa de dire ‘’Ceci est à moi’’ et trouva des gens assez simples pour le croire, fût le vrai fondateur de la société civile. Que de crimes, de guerres, de meurtres, que de misères et d’horreurs n’eut point épargnés au genre humain celui qui, arrachant les pieux ou comblant le fossé, eût crié à ses semblables : ‘’Gardez-vous d’écouter cet imposteur ; vous êtes perdus, si vous oubliez que les fruits sont à tous, et que la terre n’est à personne’’ ». L’idée d’une propriété privée naît avec l’idée d’une organisation de la société, et n’est donc pas « naturelle » mais « conventionnelle » selon Rousseau – à la différence de Locke, ou de Bastiat pour lesquels « l’homme naît propriétaire ». Pour Rousseau, l’institution de la propriété privée ne doit pas entrer en contradiction avec la subsistance de tous, auquel cas, la propriété ne se justifierait plus. Il met donc certaines limites définies par la loi, à la propriété privée. De fait, si la loi change, la propriété change.

Pour Bastiat, cette idée justifie les modèles socialistes utopiques où la loi change la propriété. A l’inverse, pour le libéral, c’est le travail de chacun qui justifie la propriété ; la loi n’est là que pour « sécuriser » le fruit du travail. De plus, Bastiat s’inscrit en faux contre les porteurs du « droit de chacun à… » (au logement par exemple) : si un individu a accès gratuitement à un logement, c’est que quelqu’un d’autre a payé pour lui. Si c’est l’État qui paie, et comme l’État ne produit rien, c’est le fruit de l’impôt qui a permis à cet individu d’avoir un logement.

Sur les questions économiques, Bastiat est anti-socialiste et anti-protectionniste. Pour lui, l’intérêt général est l’intérêt du consommateur. Plus question alors de mettre en place des barrières douanières : si un produit fabriqué en France coûte plus cher qu’un produit fabriqué à l’étranger, le fait « d’imposer » une taxe sur le produit étranger pour le ramener au niveau du produit français comporte un double effet pervers au niveau national. Cette attitude est moquée dans la pétition des fabricants de chandelles. D’une part, le consommateur sera amené à payer plus cher son produit – surcoût assimilé à une taxe, et d’autre part, ce surcoût ne sera pas utilisé pour faire d’autres achats, pénalisant ainsi d’autres entreprises. Une entreprise qui demanderait une protection de la part de l’État viserait, en fin de compte, à pénaliser l’intérêt des consommateurs ; une minorité exploite alors la majorité, à l’inverse du socialisme où « la majorité exploite la minorité ». Le « mauvais capitaliste », incapable d’innover ou de s’adapter, demande un avantage politique à l’État.

« L’État est une fiction à travers laquelle tout le monde s’efforce de vivre aux dépens de tout le monde ».

L’une des paraboles les plus connues de Bastiat est celle de la vitre cassée. Un enfant casse une vitre qui doit donc être remplacée : cela donne du travail au vitrier. Cependant, si la vitre n’avait pas été cassée, ses parents n’auraient pas eu à dépenser cette somme et auraient pu aller au restaurant par exemple. Ainsi, la destruction de la vitre entraîne une « perte cachée » pour le restaurateur, pour une dépense identique : la destruction n’entraîne pas une relance de l’économie, mais est une perte nette d’un objet détruit (égale ici à la valeur de la vitre). Dans le cas de l’État, l’argent utilisé pour les plans de relance pour favoriser la consommation est issu de l’impôt des consommateurs.

Pour prendre un exemple contemporain, la prime à la casse pour les voitures entraîne la destruction de voitures, pour la plupart en état de marche, aux dépens d’une part des autres industries (l’argent aurait pu être dépensé ailleurs) mais également pour les jeunes qui n’ont plus d’occasions à acheter. Seul le constructeur de la voiture gagne de l’argent,… et le consommateur qui avait de toute façon prévu de changer sa voiture.

Pour aller plus loin :

Frédéric Bastiat, Œuvres Complètes
The Very Best of Frédéric Bastiat
Les vidéos de l’École de la Liberté
[1] On se rapproche de la distinction faite par Saint-Simon

L’égoïsme rationnel : Aynd Rand

Bio express : née en Russie en 1905, dans un milieu plutôt aisée, elle bénéficie d’une éducation francophone. Après l’invasion de la pharmacie familiale lors de la Révolution de 1917, elle devient farouchement anti-communiste – qu’elle étoffera ensuite de réflexions politiques. Avec des études orientées vers le cinéma, elle découvre le cinéma américain naissant. En 1926, elle quitte l’URSS pour les États-Unis, où elle s’installe, rejoignant une partie de sa famille qui avait fui les pogroms de la Russie tsariste, se fait embaucher à Hollywood, est naturalisée et change de nom. Après divers petits emplois, elle écrit des scénarii pour le cinéma notamment pour Cecil B. DeMill, ainsi qu’un premier roman, en partie autobiographique, We the Living, mais qui sera un flop ; la société américaine n’étant pas encore anti-communiste. Bourreau de travail, accroc à la drogue, elle connaît son premier grand succès avec « La Source Vive », adapté au cinéma sous le nom « Le Rebelle ». Elle publie en 1957 « la Grève », histoire de riches ou de créateurs qui décident de faire sécession vis-à-vis du reste de la population et d’un État qui édicte toujours plus de normes contraignantes.

Antiraciste, anti-communiste, athéiste revendiquée, anti-interventionniste (opposée à la guerre du Vietnam), favorable à l’avortement (même si il est difficile de faire d’Ayn Ran une féministe), elle est profondément individualiste : il faut que les individus apprennent à se « passer de l’aide » des autres, que les individus vivent pour eux-mêmes et par eux-mêmes. Seul le capitalisme du laissez-faire permet de produire les meilleurs résultats. Mais pour elle, il manquait d’un argument presque philosophique, pour justifier son propos. En effet, le seul plan économique ne suffit pas à dénoncer ce qu’elle combat : le collectivisme n’est pas seulement une collectivisation des biens, mais également une négation de l’individu, on passe du « je » au « nous ».

Pour Ayn Rand, la raison doit permettre à chacun de comprendre où est son propre intérêt, de refuser de le sacrifier aux noms de conceptions altérées par les passions, mais aussi de responsabiliser l’individu. Chacun doit travailler à son propre bonheur. En fin de compte, l’égoïsme d’Ayn Rand est un altruisme dans le sens où il s’interdit d’utiliser les autres comme un moyen au service de nos fins, et de les respecter en ne vivant pas à leurs dépens. De la même manière, je ne dois pas me sentir coupable de situations dans lesquelles je n’ai pas de responsabilité ; je n’ai pas participé à la guerre, la misère, la pauvreté dans le monde. Et ce, à rebours de religions ou d’idéologies diverses. Ceux qui sont exploités sont les victimes consentantes de leur propre exploitation.

« La Grève » connaît un certain succès et est, encore aujourd’hui, l’un des livres qui influencent le plus la vie américaine. Donald Trump, Hillary Clinton, Steve Jobs, Elon Musk les parlementaires américains, les patrons de la Silicon Valley,… ont tous lu Ayn Rand et influencé par elle.

Elle est une figure majeure du courant libertarien au sens américain, c’est-à-dire lecteur de Locke ou de Bastiat, restant fidèle à l’esprit des pères fondateurs américains, notamment Jefferson et le Limited Governement.

Pour aller plus loin :